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Nicolas Cantu e93b10a719 Script de compilation, livre consolidé v0, structure v1 et correctifs
**Motivations:**
- Compilation du livre à partir des chapitres v0
- Création de la structure v1 avec chapitres et correctifs

**Evolutions:**
- v0/compile_livre.py : script de compilation
- v0/livre.md : livre consolidé généré
- Modifications des chapitres v0 (1-32), introduction, fermeture, plan_total_ouvrage, references, analyses critiques
- v1 : abstract, chapitres 1-16, correctifs chapitres 17-32, introduction, fermeture, plan_total_ouvrage, references

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Théorie des futurs accessibles v0 Nicolas Cantu 4 chapitre initial

Chapitre 4 — Temps comme ordre induit par litération

Résumé exécutif

Ce chapitre reconstruit le « temps » sans le postuler. Partant uniquement de primitives non sémantiques — un espace de configurations X, des transformations admissibles, et litération — on montre que la dynamique induit naturellement une relation dantériorité entre états, définie par latteignabilité (transitive closure) plutôt que par un paramètre temporel préalable. Cette relation est toujours un préordre (réflexif, transitif) et devient un ordre partiel lorsque lon quotient par léquivalence de récurrence (mutuelle atteignabilité). Dans le cas discret fini, linterprétation en graphe fonctionnel rend explicite la décomposition en composantes et en cycles, et lon obtient un DAG (« condensation ») qui fournit une flèche dordre.

On étend ensuite la construction à des cadres continus en remplaçant litération par une action de semi-groupe (\mathbb{R}_+,+) (semi-flot), et en distinguant soigneusement le cas réversible (action de groupe (\mathbb{R},+), flots bijectifs) du cas irréversible (absence dinverse global, semi-groupes). La « flèche du temps » apparaît alors comme la non-extensibilité dun semi-groupe en groupe, ce qui peut provenir soit de la non-injectivité (fusion de passés), soit de la perte dinformation par agrégation, soit de la présence dune grandeur monotone (fonction de Lyapunov / ressource consommée).

La métrique temporelle (durée, échelle, granularité) est ensuite reconstruite par des horloges internes : compteurs dévénements, longueurs minimales de chaînes, ou temps pondéré par coûts de transitions. Enfin, le chapitre relie ces constructions à deux consensuses : (i) la flèche thermodynamique et lentropie comme monotone (deuxième loi), et (ii) lirréversibilité de leffacement logique et son coût minimal (principe de Landauer). La cosmogonie dérivée reste strictement minimale : un univers itératif peut porter un ordre historique seulement si, au niveau pertinent de description, lévolution induit un ordre non symétrique (semi-groupe effectif, ou monotone empêchant les retours). La section philosophique conclut sur ce que le formalisme autorise et interdit : il autorise une ontologie du temps comme structure dordre; il interdit de traiter le temps comme primitif, et interdit dinférer une métrique unique sans horloge ni convention.

Primitives non sémantiques et construction de lordre induit

Axiomes minimaux

On fixe un cadre volontairement pauvre.

A0 — Configurations. Un ensemble non vide X, dont les éléments sont appelés configurations.

A1 — Transformations admissibles. Un ensemble \mathcal{T}\subseteq X^X dapplications T:X\to X, stable par composition et contenant lidentité. Autrement dit, (\mathcal{T},\circ,\mathrm{Id}) est un monoïde dendomorphismes admissibles.

A2 — Générateur dévolution. On choisit un élément f\in\mathcal{T}. La dynamique « élémentaire » est litération de f, et le sous-monoïde engendré par f est


\langle f\rangle \;=\;\{f^{(n)}\;:\;n\in\mathbb{N}\},

f^{(0)}=\mathrm{Id} et f^{(n+1)}=f\circ f^{(n)}.

Ces axiomes nintroduisent encore aucun « temps » : ils définissent seulement une fermeture opératoire par composition.

Relation dantériorité comme atteignabilité

On définit une relation binaire \preceq sur X par :


x\preceq y \quad\Longleftrightarrow\quad \exists\,T\in\langle f\rangle,\; y=T(x).

Sans mentionner n, on peut dire : y appartient à la plus petite partie S\subseteq X qui contient x et est stable par f (i.e. f(S)\subseteq S).

Proposition 1 — \preceq est un préordre.
La relation \preceq est réflexive et transitive.

Démonstration.
Réflexivité : x = f^{(0)}(x), donc x\preceq x.
Transitivité : si x\preceq y et y\preceq z, il existe m,n tels que y=f^{(m)}(x) et z=f^{(n)}(y). Alors z=f^{(n)}(f^{(m)}(x))=f^{(m+n)}(x), donc x\preceq z. □

Remarque structurale. La définition ne dépend daucune métrique ni daucun paramètre géométrique : \preceq est une structure dordre issue du seul fait quil existe un « successeur admissible » (application de f).

Antisymétrie et cycles : pourquoi lordre échoue sur X

Un préordre devient un ordre partiel si, en plus, il est antisymétrique :


(x\preceq y\ \&\ y\preceq x)\ \Rightarrow\ x=y.

Or, dès quil existe une périodicité (cycle), lantisymétrie échoue : si y=f^{(k)}(x) et x=f^{(p)}(y), alors x\preceq y et y\preceq x sans que x=y.

Cette obstruction est exactement la présence densembles invariants périodiques (chapitre 3).

Quotient par récurrence et apparition dun ordre partiel canonique

On introduit léquivalence de récurrence (mutuelle atteignabilité) :


x\sim y \quad\Longleftrightarrow\quad (x\preceq y)\ \text{et}\ (y\preceq x).

Proposition 2 — \sim est une relation déquivalence.
Elle est réflexive (Proposition 1), symétrique par définition, transitive par composition des atteignabilités.

On considère le quotient X/{\sim} et on définit une relation \preceq^\* sur les classes [x] par


[x]\preceq^\*[y]\quad\Longleftrightarrow\quad x\preceq y.

Proposition 3 — \preceq^\* est un ordre partiel sur X/{\sim}.
Elle est réflexive, transitive, et antisymétrique.

Démonstration (antisymétrie).
Supposons [x]\preceq^\*[y] et [y]\preceq^\*[x]. Alors x\preceq y et y\preceq x, donc x\sim y, donc [x]=[y]. □

Ainsi, le temps comme ordre nest pas dabord un ordre sur les états, mais un ordre sur les classes asymptotiques de récurrence (cycles et leurs « noyaux »), objets construits au chapitre 3.

Lecture en graphe fonctionnel et condensation en DAG

Dans le cas discret (un seul successeur), on associe le graphe orienté G_f des arcs (x,f(x)). Le préordre \preceq est exactement latteignabilité le long des arcs. Les classes \sim sont les composantes fortement connexes; dans un graphe fonctionnel fini, elles correspondent aux cycles, et la condensation (graphe des classes) est acyclique, donc un DAG. Cette « acyclicité au niveau des classes » est lombre combinatoire de ce qui sera plus tard appelé flèche (absence de retour inter-classes).

flowchart TD
  subgraph X["Configurations X"]
    a --> b --> c --> d
    d --> e --> f --> d
    g --> h --> e
  end
  subgraph Q["Quotient X/"]
    C1["Classe transitoire"] --> C2["Classe-cycle [d,e,f]"]
    C3["Classe transitoire [g,h]"] --> C2
  end

Temps discret, temps continu, flots et semi-groupes

La structure précédente suggère une thèse de méthode : le temps est le paramètre qui indexe une action de monoïde. On le construit alors à partir de la propriété de composition.

Discret : action de (\mathbb{N},+) et itération

Définissons \Phi:\mathbb{N}\times X\to X par \Phi(n,x)=f^{(n)}(x). Alors


\Phi(0,x)=x,\qquad \Phi(n+m,x)=\Phi(n,\Phi(m,x)).

Cest une action du monoïde (\mathbb{N},+) sur X. Réciproquement, toute action \Phi de (\mathbb{N},+) sur X est déterminée par f(x):=\Phi(1,x). Autrement dit, « discret » signifie : le paramètre est construit comme longueur de composition.

Ce point est exactement celui que von Neumann met en évidence lorsquil souligne que, pour les automates, il ne suffit pas quun résultat soit atteignable en un nombre fini détapes ; le nombre détapes et les « ordres de grandeur de durée » deviennent constitutifs de la théorie. citeturn17view1

Continu : flots (groupes) et semi-flots (semi-groupes)

Pour un champ de vecteurs générant une équation différentielle, on dispose dune application de flot \Phi_t (quand elle existe globalement) qui envoie une condition initiale sur létat à linstant t. Lorsque le flot est défini pour tout t\ge 0, on parle dinvariance positive et de dynamique comme application \Phi_t:D\to D avec \Phi_t(D)\subseteq D pour tout t\ge 0. citeturn4view0

La distinction structurante est la suivante :

  • Flot : action de (\mathbb{R},+) (groupe), donc existence dune évolution pour t<0 et dinverses \Phi_{-t}=\Phi_t^{-1}.
  • Semi-flot / semi-groupe : action de (\mathbb{R}_+,+), définie uniquement pour t\ge 0, sans inverse global.

Dans un cadre plus abstrait (Banach, opérateurs), cette propriété de semi-groupe est formulée explicitement : identité à t=0, et propriété \,S_{t+s}=S_tS_s pour t,s\ge 0. citeturn4view1

Ainsi, « temps continu » nest pas une donnée primitive : il apparaît comme paramètre dune loi de composition. Le temps devient « réel » lorsque laction est compatible avec une structure topologique et une continuité t\mapsto S_t x. citeturn4view1turn4view0

Condition de réversibilité comme extensibilité en groupe

Proposition 4 — Réversibilité discrète.
Laction discrète se prolonge en action de (\mathbb{Z},+) si et seulement si f est bijective (donc f^{-1} existe).

Démonstration.
Si f est bijective, définir f^{(-n)}=(f^{-1})^{(n)} donne une action de \mathbb{Z}. Réciproquement, si une action de \mathbb{Z} existe, lélément correspondant à -1 est un inverse de f, donc f est bijective. □

Cette proposition formalise la flèche du temps au niveau le plus nu : absence dinverse = absence de temps négatif, donc semi-groupe plutôt que groupe.

Flèche du temps : irréversibilité formelle, non-injectivité et consommation

Le plan de louvrage exige ici des « premiers critères » dirréversibilité, sans encore fonder les mécanismes généalogiques ultérieurs. On distingue trois sources formelles dorientation.

Irréversibilité comme non-injectivité

Une application non injective fusionne des passés : il existe x\neq y tels que f(x)=f(y). Alors le prédécesseur nest pas déterminable à partir du seul présent. Cette propriété suffit à empêcher lextension en groupe (Proposition 4) et à imposer une asymétrie intrinsèque.

Dans un langage de théorie des automates, cela correspond exactement à une fonction de transition sans inverse univoque, phénomène que Landauer décrit comme « logical functions that do not have a single-valued inverse », associées à une irréversibilité physique. citeturn5view0

Irréversibilité comme perte par agrégation (non-injectivité effective)

Même si la dynamique microscopique était bijective, lirréversibilité peut apparaître à un niveau de description agrégé. Cela se formalise par une application dobservation/quantification q:X\to A (alphabet fini ou espace grossier). La dynamique observée est


a_{n+1} = \tilde f(a_n) \quad\text{avec}\quad a_n=q(x_n),

mais \tilde f nest pas nécessairement bien définie sans hypothèse; plus généralement, on obtient une relation de transition sur A qui est typiquement non injective (plusieurs micro-états distincts deviennent le même macro-état).

Ce mécanisme rejoint un consensus de la physique statistique : lirréversibilité macroscopique provient du fait que lon travaille sur des descriptions incomplètes, et Jaynes discute explicitement le lien entre « information loss » et irréversibilité dans lextension de la mécanique statistique aux phénomènes dépendant du temps. citeturn6view1

Irréversibilité par monotone : ressources et fonctions de Lyapunov

Un troisième critère, purement formel, consiste à enrichir le système dune « grandeur » monotone le long des trajectoires.

Définition — Monotone dévolution.
Soit (S,\le) un ordre (souvent bien fondé). Une fonction V:X\to S est un monotone si V(f(x))\le V(x) pour tout x. Elle est strictement dissipative si V(f(x))<V(x) hors dun noyau invariant.

Proposition 5 — Monotone strict \Rightarrow absence de cycles et ordre effectif.
Si V(f(x))<V(x) pour tout x hors dun ensemble A invariant, alors il nexiste aucun cycle disjoint de A, et la relation datteignabilité hors A est antisymétrique (donc ordre partiel sur les états hors noyaux récurrents).

Démonstration.
Supposons un cycle x_0\to x_1 \to \dots \to x_{p-1}\to x_0 hors A. Alors
V(x_1)<V(x_0), V(x_2)<V(x_1), \dots, V(x_0)<V(x_{p-1}). En chaînant, V(x_0)<V(x_0), contradiction. □

Dans la théorie classique de la stabilité, la formulation (\varepsilon)-\delta et la distinction stabilité / stabilité asymptotique sont précisément celles introduites par Lyapunov. citeturn15view0
Et, dans un consensus thermodynamique standard, lentropie joue ce rôle de monotone (Lyapunov) pour les systèmes isolés : Prigogine le formule explicitement en disant que lentropie S est une fonction de Lyapunov pour les systèmes isolés, et que la production interne dentropie est non négative. citeturn11view0

Cette idée sera reprise et radicalisée plus tard (chapitres 910) sous le nom de « consommation de ressources non réutilisables ». Ici, on nen retient que la structure mathématique : un monotone strict interdit les retours et fonde une flèche.

Durées, granularité et horloges internes

Une fois le temps reconstruit comme ordre, il reste à reconstruire la métrique temporelle : ce que signifie « combien » et « à quelle échelle ».

Durée comme longueur minimale de chaîne

Dans le cadre discret, on définit une pseudo-distance dirigée (quasi-métrique) :


\tau(x,y)=\inf\{n\in\mathbb{N}: f^{(n)}(x)=y\},

avec la convention \tau(x,y)=+\infty si y nest pas atteignable depuis x.

Proposition 6 — Inégalité triangulaire dirigée.
\tau(x,z)\le \tau(x,y)+\tau(y,z) dès que les termes sont finis.

Démonstration.
Si f^{(m)}(x)=y et f^{(n)}(y)=z, alors f^{(m+n)}(x)=z. La minimalité donne \tau(x,z)\le m+n, puis prendre linfimum. □

On obtient ainsi une notion de « durée minimale » purement combinatoire. Elle dépend de f, pas dun temps externe.

Granularité : résolution temporelle et sous-échantillonnage

Une « horloge » nobserve pas forcément chaque transition. Fixons un pas k\ge 1 et définissons litération échantillonnée f_k=f^{(k)}. Lordre induit par f_k est compatible avec celui de f, mais la durée \tau_k mesure des durées à une granularité différente (unités de k transitions).

En continu, cette idée correspond au fait quune mesure instrumentale impose une échelle \Delta t, et que lon observe \Phi_{n\Delta t} plutôt que \Phi_t pour tout t. Les notions dinvariance positive et de (\omega)-limite utilisées en dynamique reposent précisément sur lexistence dun semi-flot \Phi_t défini pour t\ge 0. citeturn4view0turn4view1

Horloges internes comme compteurs dévénements

Lhorloge la plus primitive est un compteur dévénements. On définit lensemble des événements élémentaires comme les transitions e=(x\to f(x)). Une horloge est une application additive H qui sincrémente selon une règle.

Un modèle minimal :

  • on choisit un prédicat P(x) définissant les transitions « comptées »;
  • on définit h_0=0 et
    
    h_{n+1}=h_n + \mathbf{1}_{P(x_n)}.
    

Cette construction est la version abstraite de ce que von Neumann appelle la nécessité de compter le nombre détapes et de tenir compte des probabilités derreur cumulées sur de longues chaînes dopérations. citeturn17view1

flowchart LR
  x0["État x"] -->|événement e0 : f| x1["État f(x)"]
  x1 -->|événement e1 : f| x2["État f²(x)"]
  x2 -->|...| xk["État ..."]
  subgraph Clock["Horloge interne"]
    c0["h=0"] --> c1["h=h+1 si P(x)"]
  end
  x0 -. "observe P(x0)" .-> c1
  x1 -. "observe P(x1)" .-> c1

Horloge pondérée : temps comme somme de coûts

On peut enrichir lhorloge par un poids w:X\to\mathbb{R}_+ (ou sur les arêtes) et définir un temps accumulé


t_{n+1}=t_n+w(x_n).

On obtient alors une métrique de durée dépendant de la trajectoire, sans introduire dhorloge externe : lhorloge est un fonctionnel de chemin.

Cette construction devient particulièrement significative lorsquon relie w à une dissipation, une dépense, ou à une production dentropie (section suivante), mais elle existe purement formellement.

Thermodynamique de linformation et flèche thermodynamique

Cette section nintroduit aucune entité sémantique. Elle relie deux consensuses : la flèche thermodynamique (entropie) et lirréversibilité de certaines opérations logiques (Landauer).

Shannon : mesure logarithmique non sémantique

Shannon insiste explicitement sur le fait que les aspects sémantiques sont hors champ de la théorie de la communication, et que linformation pertinente est celle dun choix parmi des messages possibles, mesurée naturellement par une fonction logarithmique. citeturn10view1
Ce rappel nest pas historique : il légitime une méthode où la « structure dordre » (ici, lordre temporel) est construite sans signification préalable.

Boltzmann : probabilité, entropie et tendance macroscopique

Dans sa formulation cinétique, Boltzmann affirme que lexplication des lois thermiques doit sappuyer sur la théorie des probabilités et sur une fonction de distribution décrivant le nombre de molécules dans chaque état au cours du temps. citeturn9view1turn9view1
Cette approche fonde lidée quune flèche (croissance de lentropie) nest pas un axiome mécanique, mais une propriété typique à léchelle de grandes multiplicités.

Dans son texte de 1877 (traduit), Boltzmann relie explicitement le second principe à des calculs de probabilité et à une mesure de « permutabilité » des distributions détat, ouvrant une définition statistique de lentropie applicable au-delà de léquilibre. citeturn12view0

Poincaré : récurrence et limite dune flèche absolue au niveau microscopique

Le théorème de récurrence (version conservatrice) établit quun système préservant une mesure finie (volume de phase) présente une récurrence : des points reviennent arbitrairement près de leur état initial. Une démonstration-type utilise exactement un argument de finitude de mesure (impossibilité dimages disjointes infinies dun ouvert). citeturn9view0

Conséquence (consensus) : si la dynamique microscopique est réversible et conservatrice sur un espace de volume fini, alors aucune grandeur strictement monotone ne peut exister sur les micro-états eux-mêmes. La flèche doit donc être cherchée soit dans une description agrégée, soit dans un couplage à un extérieur (système ouvert), soit dans une notion de typicité/probabilité.

Cette contrainte mathématique est lune des raisons pour lesquelles le « temps comme ordre » doit être construit au niveau adéquat (classes, observables, ou monotones), et non imposé comme absolu.

Landauer : non-injectivité logique \Rightarrow coût thermodynamique minimal

Landauer formule un lien direct entre opérations logiquement irréversibles — celles qui « nont pas dinverse à valeur unique » — et irréversibilité physique, avec un coût minimal de dissipation typiquement de lordre de kT par opération irréversible. citeturn5view0

Dans notre langage, une opération deffacement est une application non injective


\{0,1\}\to\{0\},\quad 0\mapsto 0,\ 1\mapsto 0,

qui contracte lespace des passés possibles. La non-injectivité est donc non seulement un critère formel dirréversibilité (Proposition 4), mais aussi un critère physiquement contraint lorsquil sagit dimplémentation matérielle.

Bennett clarifie le même point en montrant quon peut rendre une computation logiquement réversible en conservant linformation sur une « bande dhistorique », mais que le problème réapparaît lors de leffacement de cet historique, ce qui rejoint explicitement largument de Landauer. citeturn13view0
Il donne aussi une borne thermodynamique en termes de kT\ln 2 pour une perte denviron un bit par opération irréversible. citeturn13view0

Enfin, le consensus en thermodynamique de la computation admet que des modèles de computation thermodynamiquement réversible existent (dissipation tendant vers 0 dans une limite quasi-statique), mais quils exigent une logique réversible et une conduite suffisamment lente. citeturn9view3turn13view0

Prigogine : entropie, histoire et diversification des niveaux de temps

Prigogine rappelle la centralité du second principe, introduit la distinction réversible/irréversible et insiste sur le fait que lentropie (et sa production) fournit une direction privilégiée, avec la possibilité détats organisés hors équilibre (« structures dissipatives »). citeturn11view0
Il formule aussi explicitement que lincorporation déléments thermodynamiques conduit à un sens du temps lié à lirréversibilité et à lhistoire, et distingue des niveaux de temps (dynamique, Lyapunov/entropie, historique via bifurcations). citeturn11view0

Dans la logique de ce livre, cette remarque est une correspondance : notre construction purement formelle (ordre via monotone, semi-groupe effectif) est précisément ce que la thermodynamique réalise empiriquement via entropie/production dentropie.

Implications cosmogoniques et analyse philosophique finale

Implications cosmogoniques strictement déduites

On se limite à ce qui suit nécessairement des sections mathématiques.

  1. Un univers itératif porte un ordre interne minimal.
    Dès quun successeur admissible est défini (A2), la relation datteignabilité \preceq existe et fournit une structure dantériorité (préordre). Le « temps » au sens minimal est donc lordre dengendrement des configurations.

  2. Une flèche exige une rupture de symétrie au niveau pertinent.
    Si la dynamique est bijective et se prolonge en groupe, « aller en arrière » est défini formellement; la structure dordre nest pas antisymétrique sur X et la récurrence (en contexte conservatif) rend impossible un monotone strict sur micro-états. citeturn9view0
    À linverse, une flèche apparaît si lévolution effective au niveau considéré est une action de semi-groupe non extensible en groupe : non-injectivité, agrégation, ou monotone strict (Proposition 5).

  3. Accumulation historique : condition nécessaire.
    Pour quune accumulation (au sens strict : une impossibilité structurelle de « défaire exactement » la succession) soit possible, il faut au moins une des deux conditions :

    • (i) perte irréversible dantécédents (non-injectivité) ;
    • (ii) présence dun monotone strict (ressource/entropie/coût) empêchant les cycles au niveau pertinent.
      Landauer fournit lancrage physique : les opérations qui contractent les passés (effacement) exigent une dissipation minimale, donc une orientation irréductible dans les transformations effectivement réalisables. citeturn5view0turn13view0

Ontologie du temps comme ordre et limites du formalisme

Le point philosophique ici nest pas une doctrine, mais une lecture de nécessité.

  • Le temps napparaît pas dabord comme une substance ni comme une dimension géométrique, mais comme une structure dordre induite par la composition des transformations.
  • Une « durée » nest pas donnée : elle est une mesure (horloge) construite sur des chaînes dévénements, et une granularité est une propriété de linstrument dindexation (sous-échantillonnage, compteur, poids).

Ce que le formalisme interdit à ce stade :

  • didentifier le temps à une métrique unique universelle : sans horloge (compteur) ni structure supplémentaire, on ne dispose que dun ordre (préordre / ordre sur classes) ;
  • daffirmer une flèche absolue au niveau microscopique dans un cadre strictement réversible et conservatif : la récurrence (au sens large) impose des retours, donc la flèche doit être située au niveau de description effectif (classe/observable/système ouvert). citeturn9view0turn11view0
  • de confondre « ordre temporel » et « optimisation » : aucune fonction objectif na été postulée; seules des contraintes datteignabilité et de monotonicité (si ajoutée) sont en jeu.

Ce que le formalisme autorise dès maintenant :

  • une définition du « présent » comme classe déquivalence de récurrence (quotient X/\sim) ;
  • une définition opérationnelle de l« irréversibilité » comme non-extensibilité dun semi-groupe en groupe, compatible avec les contraintes thermodynamiques connues (Landauer, second principe) et avec la stabilité au sens Lyapunov (monotones). citeturn5view0turn11view0turn15view0

Tableau comparatif synthétique

Cadre Paramètre dévolution Structure algébrique Inverses Flèche formelle Obstruction typique
Discret (itération) composition de f monoïde \langle f\rangle non si f non bijective oui (semi-groupe) non-injectivité, cycles
Discret réversible idem + f^{-1} groupe \langle f\rangle\simeq\mathbb{Z} oui non intrinsèque récurrence/cycles (si fini)
Continu (semi-flot) t\ge 0 semi-groupe (\mathbb{R}_+,+) non en général oui dissipation, perte dinfo
Continu (flot) t\in\mathbb{R} groupe (\mathbb{R},+) oui non intrinsèque récurrence (conservatif)
Propriété Injectif Non injectif
Reconstruction du passé (unique) possible (en principe) impossible (passés fusionnés)
Extension en groupe possible impossible
Coût thermodynamique deffacement non requis si tout est réversible borne minimale (Landauer) citeturn5view0

Le chapitre suivant pourra donc porter sur la conséquence déjà annoncée dans le plan : comment cette structure dordre, lorsquelle saccompagne de non-injectivité et de contraintes de transformation, prépare une notion plus forte dirréversibilité et dhistoire (chapitres 910), puis de transmission et de généalogie (chapitres 1112).