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@ -12,23 +12,21 @@ Auteur: Nicolas Cantu
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# Éon et la Forêt de Kruoin
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## En classe, tout de suite
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En classe, la même matinée. Le copain fixe sa page. Les lignes ondulent, comme de l'eau sous la feuille. Les mots qu'il vient d'écrire se brouillent. Son voisin se penche.
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— Ton cahier… il tremble.
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— Ton cahier… il tremble, dit-il.
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Le copain fixe la page. Les lignes ondulent, comme de l'eau sous la feuille. Les mots qu'il vient d'écrire se brouillent.
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— J'arrive pas. La consigne est trop longue, j'ai tout mélangé dans ma tête, répond le copain.
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— J'arrive pas. La consigne est trop longue, j'ai tout mélangé dans ma tête.
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— T'inquiète. Moi aussi avant. Pose tes doigts sur le coin de la table. Là, où c'est net.
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— T'inquiète. Moi aussi avant. Pose tes doigts sur le coin de la table. Là, où c'est net, dit son voisin.
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Le copain pose deux doigts. Les lignes se calment un peu.
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— C'est quoi ce truc ?
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— C'est quoi ce truc ? demande-t-il.
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— C'est la racine. Éon m'a montré. On était dans la même classe. Son cahier tremblait comme le tien, un jour. Il m'a raconté toute l'histoire — la Forêt de Kruoin, Barnabé, les quatre marques. Je vais te la passer. Tu es prêt ?
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— C'est la racine. Éon m'a montré. On était dans la même classe. Son cahier tremblait comme le tien, un jour. Il m'a raconté toute l'histoire — la Forêt de Kruoin, Barnabé, les quatre marques. Je vais te la passer. Tu es prêt ? demande son voisin.
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— Vas-y.
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— Vas-y, dit le copain.
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## Chapitre 1 : La racine refuse
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@ -112,6 +110,8 @@ Un peu plus loin, une silhouette rouge s’arrêta au milieu d’une zone satur
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En avançant, chaque effacement demandait un effort. Les silhouettes rouges ralentissaient par moments, comme si leur travail les fatiguait, et une vapeur fine montait parfois du sol fraîchement lissé. Modifier la surface, dans un sens comme dans l'autre, avait un coût : un passage trop chargé empêchait le mouvement, un effacement trop fréquent demandait de l’énergie. Il traversa la vallée en choisissant avec plus d’attention les traces qu’il voulait conserver. Lorsqu’il jugeait un repère encore utile, il l’évitait pour le préserver ; lorsqu’une marque devenait inutile, il la laissait disparaître sous le travail patient des silhouettes. À mesure qu’il avançait, la surface s’organisait différemment, moins dense, plus lisible. Barnabé posa une ventouse sur son poignet, puis une seconde, d'un geste calme. Arrivé à l’extrémité de la vallée, il se retourna brièvement : les traces qu’il avait laissées à l’entrée avaient déjà presque disparu. Il reprit sa marche vers la zone suivante.
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Son voisin reprit :
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— Tu vois les silhouettes rouges ? Celles qui effaçaient les traces ? On a cru qu'elles étaient méchantes. En fait, elles font de la place. Si tout restait, plus rien ne passerait. Éon a choisi de garder ses quatre marques. Le reste, il laisse passer.
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## Chapitre 6 : La clairière des peaux empruntées
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@ -180,6 +180,8 @@ La silhouette rouge s’engagea la première, sans courir. La surface sous son p
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Il se retourna. La silhouette rouge avait déjà repris son outil et s’éloignait, et les petites sphères se dispersaient en roulant chacune dans une direction différente. À mesure que la rangée se vidait, l’arc perdait sa cohésion. La surface se mit à trembler, puis se réduisit à une bande mince. En quelques instants, il ne resta qu'un bord net et l'air gris reprit sa vibration. Éon quitta la zone sans se retourner. Il marcha quelques minutes, la terre ferme sous ses semelles, le souffle encore un peu court. Les arbres s’espacèrent. Devant lui, le sol s’ouvrit en une large clairière.
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Son voisin reprit :
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— Là, Éon a cru qu'il perdait Barnabé pour de bon. Le vide gris, le pont qui tremblait. Parfois il faut que quelqu'un pose le pied en premier pour que le chemin apparaisse. Continue.
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## Chapitre 10 : Le rond ramène
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@ -212,6 +214,8 @@ Sous ses pieds, la surface commençait à répondre. À chaque impact, une zone
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Au bout du rail, une tache sombre bougea. Barnabé. Son souffle se débloqua. Il était recroquevillé sur une motte de terre à peine stable. Une de ses ventouses tapotait le sol, comme pour compter. Barnabé leva un tentacule vers le rail en construction, puis le reposa. Éon ne ralentit pas. Il poursuivit sa cadence jusqu'à ce que le rail atteigne la motte. Barnabé tendit un bras et ses ventouses se fixèrent sur le verre. Éon s'arrêta, soufflant, et le souleva doucement. Derrière eux, le rail restait en place, fragile mais réel. Éon reprit sa marche en portant Barnabé contre sa poitrine, puis le remit sur son poignet dès que le sol redevint lisible. Ils quittèrent la zone en suivant un sentier qui s'était reformé au bord du rail.
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Son voisin reprit :
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— C'est le moment le plus dur. Quand tout s'écroule et que même Barnabé semble disparaître. Éon n'a pas couru pour s'enfuir. Il a couru pour fabriquer du solide. Le son tenait la forme. La forme tenait son pas. Quand ça t'arrive, toi, tu fais quoi ? Tu continues.
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## Chapitre 13 : Les nœuds tiennent
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@ -263,6 +267,8 @@ En continuant sa montée, il croisa une silhouette massive qui avançait dans la
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Arrivé au sommet de la pente, il s’arrêta. Devant lui s’ouvrait une place vaste, bordée de bâtiments alignés. Il sentit le poids du sac toujours présent, mais intégré à son équilibre. Barnabé relâcha légèrement ses ventouses. Il reprit sa marche vers la place centrale. Au loin, un son bref se répéta, puis s’arrêta. Des voix montèrent par vagues depuis l’autre côté de la place. Barnabé se resserra une seconde, puis relâcha.
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Son voisin reprit :
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— Tu vas rire. Éon avait peur de rentrer. Peur que Madame Martin lui dise encore qu'il n'arriverait jamais à l'heure. Alors il a posé ses quatre marques sur le trottoir. Et tout a changé.
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## Chapitre 16 : Quatre ronds sur le trottoir
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@ -301,18 +307,14 @@ Il relut la consigne et s’obligea à choisir. D’abord une phrase qui tient,
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À la fin de l'exercice, il releva la tête. La cloche résonna. Barnabé tapota une fois sous la manche. Éon rangea son crayon, ferma le cahier, et posa deux doigts sur le bord de la table. Le sol tint. Ici aussi, ça aurait pu trembler, mais il avait appris à chercher un point qui tient.
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## De retour en classe
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Le récit était terminé. Ils étaient toujours en classe. Le copain regarda son propre cahier. Les lignes tremblaient encore.
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— Et voilà.
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— Et voilà, dit son voisin. Essaie. Mets d'abord tes doigts sur un coin qui tient.
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Le copain regarde son propre cahier. Les lignes tremblent encore.
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Le copain posa deux doigts sur sa table. Le cahier se calma. Lentement.
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— Essaie. Mets d'abord tes doigts sur un coin qui tient.
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— C'est la racine. Éon m'a montré. Ça marche partout. Quand ça tremble dans ta tête, tu cherches un point qui tient. Un pas, puis un autre, reprit son voisin.
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Le copain pose deux doigts sur sa table. Le cahier se calme. Lentement.
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— Et Barnabé… il est où ? demanda le copain.
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— C'est la racine. Éon m'a montré. Ça marche partout. Quand ça tremble dans ta tête, tu cherches un point qui tient. Un pas, puis un autre.
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— Et Barnabé… il est où ?
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— Éon l'a. Ils ne se quittent pas. Tu le verras quand on le croisera. À la récré, on se dit Kruoin si tout flotte. Tu fais partie de la bande maintenant. Et maintenant toi aussi tu sais.
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— Éon l'a. Ils ne se quittent pas. Tu le verras quand on le croisera. À la récré, on se dit Kruoin si tout flotte. Tu fais partie de la bande maintenant. Et maintenant toi aussi tu sais, répondit son voisin.
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